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Sénégal : Abdou Majib Diop (coach Linguère): « Il serait mieux d’annuler la saison ».

Face au coronavirus qui a fini de chambouler toutes les activités sportives, annuler la saison serait la meilleure solution. C’est l’avis d’Abdoul Majib Diop, entraîneur de la Linguère de Saint-Louis.  Dans ce long entretien qu’il nous a accordé, le technicien est revenu sur la décision tant décriée de la fédération sénégalaise de football, tout en indiquant la voie à suivre pour éviter les tiraillements. Coach Majib a également évoqué le parcours de son club, leader de la Ligue 2, au terme de la manche aller. A l’image de son président Amara Traoré (ancien coach du Sénégal), l’objectif des « Samba Linguére » demeure la montée dans l’élite.

Coach, comment vivez-vous cette période Covid-19 ?

Comme vous le savez, ce n’est pas facile. Mais on est obligé de vivre avec. Il faut juste se soumettre à la volonté divine. Mais pour dire vrai, le terrain nous manque. C’est notre travail et on ne fait rien que le football. Il faut juste prier pour que les médecins puissent trouver un remède et éradiquer cette maladie. Actuellement, toutes les activités sont à l’arrêt. Avec les joueurs, on a créé un groupe WhatsApp pour discuter et échanger sur des thèmes. On a mis ensemble un plan d’entraînement pour les joueurs. On profite également de cette pandémie pour être en contact permanent avec la famille. Avec notre métier, ce n’est pas évident de rester à la maison. Donc, je peux dire que cette maladie est un mal nécessaire. On joue actuellement avec nos enfants. Une chose qu’on ne faisait plus depuis longtemps. Le terrain me manque terriblement. Mais heureusement, avec les réseaux sociaux, j’ai des nouvelles de mes joueurs. Il faut reconnaître que les appels ne peuvent remplacer nos rencontres au quotidien.

Quelles pourraient-être les conséquences de cette longue trêve pour les joueurs ?

Forcément avec cette pause, il y aura des répercussions sur leurs performances. Même s’ils font des entraînements individuels, cela ne peut pas remplacer ce que nous avions l’habitude de faire avec le groupe. C’est dans le collectif qu’on  arrive à progresser. C’est en collectif que vous pouvez voir des duels entre joueurs et chacun veut gagner une place de titulaire. On était sur une bonne lancée. Mais nous aurons le temps de nous préparer.

Quelle est votre position sur la décision de la fédération de reprendre le championnat au mois de novembre ?

Cette décision est leur idée. En de pareilles circonstances, d’autres auraient également leurs idées. Certains ne sont pas d’accord et c’est un peu frustrant pour certains. Regardez la ligue 1, entre As Pikine qui est  à la sixième place et Ndiambour qui est à la septième place. Ce sont des équipes qui ont le même  nombre de points. Donc, s’il décide de faire jouer As Pikine en play off et Ndiambour en play down, c’est un peu anormal. De ce fait, je comprends parfaitement la réaction de certaines équipes qui refusent de se conformer à cette règle. A mon avis, la fédération devrait contacter les présidents et les entraîneurs des clubs pour créer un cadre d’échange et trouver une solution. Récemment, j’ai écouté la réaction de Djibril Wade affirmant que cette décision ne passera pas. Cela commence à tirer de gauche à droite. Et ce n’est pas bon pour le football sénégalais. Les présidents et les entraîneurs ont leur mot à dire dans cette situation. Techniquement et tactiquement, rester sept mois sans jouer et vouloir comme ça reprendre le championnat, cela pourrait entraîner des dégâts.

Selon vous, quelle était l’attitude à adopter?

Ce n’était pas la bonne solution. Quand quelqu’un dirige, c’est lui qui décide. Nous, on ne peut que tenir à ça. Car c’est eux les chefs. Pourquoi je dis ça ? Avant de prendre une telle décision, il fallait appeler les dirigeants des différents clubs. On ne sait pas encore quand cette maladie va disparaître. Il fallait juste arrêter le championnat et ramener les clubs à 16 la saison suivante. De ce fait, aucune équipe ne serait reléguée en division inférieure. La saison d’après, faire descendre quatre clubs et revenir à 14. Je pense que c’était la meilleure solution. Tous les dirigeants seraient d’avis avec cette formule.

Le président de la FSF n’exclut pas de sanctionner les clubs qui refuseraient de se soumettre à cette décision ?

C’est justement après ces propos du président de la fédération sénégalaise de football que le président de Niary Tally est sorti pour dire que les menaces ne passeront pas. Mady Touré de Génération Foot campe aussi sur sa position. Et il est en train de faire une pétition pour avoir des alliés pour lutter contre cette décision de la fédération.

Et qu’en est-il de la somme allouée aux équipes en cette période de pandémie ?

Cette somme ne couvre même pas un mois de salaire pour les équipes. Mais il faut juste encourager, même si elle est insuffisante. Notre fédération est la meilleure en Afrique de l’Ouest. Donc, elle devrait faire mieux que ça. Nous savons qu’ils ont de l’argent. Mais également l’Etat du Sénégal doit s’impliquer. 

Au niveau de la Linguère, les salaires sont-ils payés ?

On a reçu la semaine passée les salaires. Mais auparavant, il n’y avait rien. On attendait notre part sur le transfert de Ismaïla Sarr à Watford. Cet argent tarde toujours. Mais je pense bien qu’on va recevoir cette somme au début du mois de juin.

Pouvez-vous nous parler de l’accord de partenariat entre la Linguère et Génération Foot ?

C’est un partenariat gagnant-gagnant entre les deux clubs. Génération Foot a les infrastructures et nous, nous avons des talents. Si les dirigeants de Génération Foot détectent un joueur chez nous, on va trouver la bonne formule où les deux équipes vont trouver leurs comptes. Nous aussi avec le matériel de l’Académie, nous pourrons nous préparer et ça sera bénéfique. Les partenariats doivent être internes, avant qu’ils ne soient externes. Le football doit fédérer et non le contraire. L’adversité, c’est uniquement pour 90 minutes. Après, nous sommes tous des partenaires. Car nous avons la même passion.

Coach,  quel bilan tirez-vous de votre première partie de saison ?

Dans l’ensemble, je peux dire que cette année, nous avons fait une bonne  première partie de saison. Nous sommes champions à mi-parcours de la Ligue 2 et c’est déjà quelque chose. Sur les 13 journées disputées, nous avons eu 28 points, soit huit victoires, quatre matchs nuls et une défaite. Je pense que c’était contre le Dakar université club (Duc) lors de la 10ème journée. Donc, d’une manière globale, je peux dire que le  bilan de notre équipe est satisfaisant.

Selon vous, qu’est-ce qui explique cette performance de votre équipe ?

Cette performance est tout simplement due à la bonne préparation d’avant saison. On avait anticipé l’hivernage avec la petite catégorie. On avait également fait beaucoup de matchs amicaux avec des équipes de la Ligue 1. Cette année, on a essentiellement misé sur la jeunesse. On a fait monter les jeunes talents qui étaient en cadet et junior. Et à travers eux, on a mis en place un projet. Il consiste non seulement à former, mais aussi à vendre. Avec cette formation, il y a aussi la compétition. On peut dire que c’est ça qui est à l’origine de ces résultats.

A vous entendre, on dirait que vous avez changé le groupe professionnel ?

On a procédé à un réaménagement total de l’effectif. La saison écoulée, nous avions  pris l’équipe en cours. A l’époque, toutes les équipes avaient déjà commencé leurs entraînements et leurs recrutements. J’avais pris l’équipe un peu tardivement. Il y avait des joueurs qu’on avait trouvés en place, mais on ne voulait pas tout chambouler. Il fallait juste accompagner les joueurs. Mais malheureusement, nous n’avons pas réussi. Et il y a eu cette descente en Ligue 2.  Beaucoup de joueurs étaient sous contrat et il fallait qu’on trouve des solutions concernant les joueurs sur qui nous ne pouvions plus compter. Il y avait des choses à améliorer. Mais il fallait faire avec et préparer la saison suivante.

Quel a été le discours pour motiver ces jeunes qui manquent d’expérience ?

En premier lieu, il fallait mettre en place une équipe compétitive. Comme vous le savez, mettre en place une nouvelle équipe avec des jeunes joueurs n’est jamais facile. Ce sont des jeunes qui n’avaient presque jamais joué en séniors. Donc, il fallait planifier, voir les stratégies. Ce n’était pas du tout évident de lorgner la première place. Mais comme nous avons souvent l’habitude de dire, l’appétit vient en mangeant. Depuis que les gosses ont joué deux ou trois journées, on a vu  que c’était possible. Il y avait de la place à prendre et ils se donnent tous à fond.

Vous êtes champion à mi-parcours. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Notre force, elle se trouve dans la rigueur et le travail. Il y a du travail au quotidien. A cela, il faudra ajouter l’abnégation des joueurs et du staff. On a fait revenir un état d’esprit, semblable à celui qui animait la Linguère en 2009, l’année du sacre. C’est une grande satisfaction et c’est le fruit d’un travail collectif. Il faudra continuer sur cette lancée, tout en essayant de consolider les acquis.

La reprise est annoncée pour le mois de novembre prochain. Quels  seront les objectifs ?

On est leader de la Ligue 2. Et dans cette situation, l’objectif n’est rien d’autre que la montée dans l’élite. Nous avions également comme ambition de jouer à fond la coupe du Sénégal. Mais malheureusement, la fédération sénégalaise de football a décidé d’arrêter cette compétition à cause du Covid-19. A notre niveau, nous allons plus nous focaliser sur la montée.

La Linguère jouait en L1 la saison dernière, avant de descendre. A votre avis, existe-t-il une différence entre l’élite et la Ligue 2 ?

Je pense que le niveau de la Ligue 1 est pareil à celui de la Ligue 2. A mon avis, la Ligue 2 est même plus disputée, car il n’y a pas de calculs à faire. Les équipes jouent à fond les différents matchs. Les rencontres sont d’habitude plus tendues. Pour revenir dans l’élite, il faut se battre et chercher la première ou la seconde place. Par contre en Ligue 1, beaucoup d’équipes jouent le maintien pour s’aguerrir au fil des années.

Cela fait presque deux ans que le club a comme président Amara Traoré. Comment jugez-vous sa gestion ?

Le président Amara Traoré œuvre pour moderniser le club. Aujourd’hui, ce qui nous manque, c’est juste des bailleurs. Peut-être que les moyens ne sont pas encore au rendez-vous. Mais du côté de l’organisation, nous n’avons vraiment pas à envier les autres clubs du Sénégal.

Etes-vous d’avis de la façon dont il gère l’équipe ?

Je suis satisfait de son management, même si le parfait n’existe pas. Il peut se tromper parfois car c’est un humain. Il fait de son mieux pour l’intérêt de l’équipe. Avec les moyens du bord, il essaye de subvenir aux besoins de l’équipe. Beaucoup de joueurs sont internés. Ils sont logés nourris et payés. Vous savez que ce n’est pas facile quand on a des moyens limités. C’est pour cela qu’on mise sur les jeunes pour les former et les vendre.

 

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